
Lorsque nous avons rencontré Daniel Salvatore Schiffer il y a quelques jours, le philosophe était fébrile. Il venait, heureux (il avait de quoi l’être !), nous proposer son dernier livre Le dandysme, la création de soi. L’auteur nous le présenta comme l’aboutissement de ses travaux sur la question, une somme de textes, de citations, de réflexions et d’images, qui pourraient, plus tard, constituer son « testament » en la matière. Désormais, il pouvait « mourir » serein : le livre édité, sa « mission » était remplie...
Outre que nous souhaitons sincèrement à l’auteur une vie bien longue et d’autres nombreux ouvrages à écrire, soyons d’emblée plus gai et disons que son livre va devenir, au moins, une référence majeure et sûre de toute bibliographie consacrée au dandysme.
D’abord – c’est essentiel, puisque nous attachons une importance primordiale à l’apparence – l’ouvrage est beau, esthétique, presque « précieux », dans le meilleur sens du terme : le livre de Daniel Salvatore Schiffer est un grand album, magnifiquement et abondamment illustré (remercions au passage François Bourin pour son joli travail d’édition, assez rare aujourd’hui pour être applaudi).
Ensuite, parce qu’il s’agit d’un « livre-dandy », par son contenu bien sûr, par la personnalité de son auteur, mais aussi par sa mise en page, son écriture, son « découpage ». Le dandysme, la création de soi peut se lire de trois façons : le « dilettante » se satisfera des images (certaines très rares) et de leurs légendes, le « collectionneur », des nombreuses citations qui parsèment l’ouvrage, le « consciencieux » enfin, du texte de l’auteur, adaptation condensée de ses ouvrages précédents*.
Daniel Salvatore Schiffer aborde la question du dandysme sous les angles historique, esthétique et philosophique, dès avant Brummell et jusqu’aux icônes contemporaines de la mode, du cinéma ou de la chanson. Sont conviés à la fête les figures historiques, mais aussi les femmes-dandys, les modernes Lagerfeld, Gainsbourg, Warhol…
De tout cela, l’auteur esquisse les grandes « lignes » de la figure du dandy du XXIe siècle, toujours vivant, qui évolue dans son époque mais conserve les traits de caractère de ses illustres prédécesseurs : élégance, esprit de révolte, anticonformisme, utopisme, individualité, esthétisme et liberté.
C’est une invitation à la promenade que nous envoie Daniel Salvatore Schiffer, une balade fascinante « sur les traces de l’un des plus riches courants de la pensée européenne et de l’art occidental ». Mettons donc notre plus belle tenue, prenons canne, chapeau et gants, suivons le maître et laissons-nous guider !
Le dandysme, La création de soi, Ed. François Bourin, 291 pages, nombreuses illustrations.
* Philosophie du dandysme. Une esthétique de l'âme et du corps (PUF, 2008) ; Oscar Wilde (Gallimard, "Folio Biographies", 2009) ; Le Dandysme, dernier éclat d'héroïsme (PUF, 2010).
Crédit photographique : Gabrielle Chanel par Marie Laurencin, SuperStock/Getty Images - Lord Byron par Thomas Phillips, Apic/Hulton Archive/Getty Images.
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