C’est l’un ou l’autre, et il vaut mieux ne pas choisir soi-même ; l’opinion décide pour le snob, l’insolence pour le dandy. On peut d’abord croire que le snob est un dandy raté, qui, pour leur plaire, imite ceux qu’il admire, que le snobisme est le dandysme du pauvre. Il n’en est rien. Le dandy élève le soin de sa personnalité jusqu’à un culte ; voulant être un demi-dieu, il arrive au moins à être inhumain ; il est impitoyable dans le succès, tragique dans l’échec, antisocial. Le snob, au contraire, est le meilleur soutien de la société ; il en admire les circonstances les plus niaises, applaudit à ses rares audaces, dépérit dans la solitude. Du dandy, il n’emprunte que les traits extérieurs : la coupe d’un gilet, la couleur d’une cravate, mais timidement. S’il se risque à la désinvolture ou à l’insolence, c’est avec des gens qu’il peut se permettre de « snober ». […] Le dandy est un mystique qui sacrifie à un dieu à son image, le snob une dévote qui égrène son chapelet au pied de ses saints favoris. Le dandysme est fondé sur le mépris, c’est une ascèse. […] Le snob admire ; le snobisme est une constante apologie. […] L’ère du dandysme était autrement plus dure ; déplaire était un luxe, l’insolence une loi que tranchait le duel ; les femmes étaient déshonorées, les familles ruinées, les ratés piétinés.
Snob ou Dandy ? (extraits), Philippe Julian, United States Lines Paris Review, 1962.


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