
« Est-il encore possible de cerner aujourd’hui, comme Barbey, Wilde ou Baudelaire le firent autrefois en leurs historiques essais sur ce sujet, l’authentique et profonde nature du dandy ? » s’interroge, faussement naïf, et à dessein, Daniel Salvatore Schiffer en son dernier ouvrage : Le dandysme, dernier éclat d’héroïsme. Philosophe, spécialiste d’esthétique, professeur de philosophie de l’art à l’Ecole Supérieure de l’Académie Royale des Beaux-Arts de Liège, l’auteur nous avait précédemment offert un émouvant portrait d’Oscar Wilde (2009) et une savante Philosophie du dandysme (2007), ouvrages dont nous avions rendu compte en ces colonnes.
A la question ainsi posée, situant d’emblée sa démarche dans le champ contemporain, Daniel Salvatore Schiffer apporte des réponses et propose diverses pistes de réflexions pour l’avenir.
L’ouvrage est commodément découpé en deux parties distinctes. La première est, dirons-nous pour faire simple - tant il est difficile de résumer un ouvrage si brillant, si fourmillant d’idées, de citations et de références (au premier rang desquelles Nietzsche, Baudelaire et Wilde)-, historique.
On y retrouve les grandes lignes du dandysme des origines, abordé non pas chronologiquement mais par thèmes : à l’aune du passé, Daniel Salvatore Schiffer éclaire le présent en traitant de La modernité du dandy, de son Actualité, sa Personnalité, son Art, son Esthétique...
Retenons (entre autres !) de ces premiers chapitres les lumineuses études sur le masque, le vêtement ou l’éloge du maquillage (d’après Baudelaire en son Peintre de la vie moderne) ; la construction réfléchie, consciente et artistique de l’univers du dandy (le « faire de sa vie une œuvre d’art » de Wilde et sa théorie de l’Esthétisme) ou bien encore son « écartèlement » physique et psychologique, entre l'hédonisme épicurien et l'ascèse stoïcienne. Pour ces sujets, comme pour le reste, Daniel Salvatore Schiffer invoque une galerie de portraits anciens et modernes, que d’aucuns s’étonneront de voir figurer en ces pages sous l’étiquette « dandy ». L’auteur s’en justifie d'emblée en mettant en garde « quelque esprit particulièrement pointilleux, voire légitimement orthodoxe en matière de dandysme, [qui pourrait] nous reprocher d’avoir poussé là un peu loin ces accointances de surface, au risque de nous fourvoyer ainsi, de façon tout aussi affligeante, en d’indus amalgames et autres faciles approximations. Mais du moins aurons-nous évité par-là l’écueil, bien plus nuisible encore à nos yeux, d’une conception par trop classique, passéiste ou même rétrograde, sinon franchement réactionnaire, du dandysme. Car pour rigoureuse que se veuille notre analyse, encore faut-il parvenir à l’actualiser afin de la rendre compréhensible, acceptable ou assimilable à l’aune de la sensibilité contemporaine, aujourd’hui ». Notons ainsi, dans cette optique « d’actualisation », que, pour conclure son approche historique, l’auteur inclut un chapitre, rarement traité jusqu’ici, consacré au « Féminin du dandysme » ; sujet passionnant qui permet tout autant de parler des femmes-dandys que d’aborder les thématiques corollaires de l’efféminisation, de l’androgynie, de la figure de l’éphèbe.
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