Dans une semaine, Noël. Encore des cadeaux à trouver ? Notre rubrique livres / CD / DVD de ce mois peut sans doute vous aider...
- Livres
« Peu importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse », dit-on. Admettons, à propos des alcools (et encore !). Mais réfutons tout net le « bon sens populaire » sitôt qu’on parle des parfums !
Un parfum enivre en mobilisant d’abord l’odorat. Mais il parle également à presque tous nos sens. Même, il nous atteint au-delà de nos sens, si l’on en croit Baudelaire, dont l’âme « voltige sur les parfums comme l’âme des autres hommes voltige sur la musique ».
La vue, le toucher sont aussi sollicités par le parfum : préciosité de l’emballage, beauté du flacon, richesse des matières, sensualité des formes… C’est ce qu’ont bien compris les grandes maisons de parfums depuis le XIXe siècle, en traitant avec la même attention, la même passion et la même élégance contenu et contenant.
Dans Parfums de collection, deux siècles parfumés, Bernard Gangler retrace l’histoire de ces parfums extraordinaires à travers celle de leurs flacons : verre, cristal, bois exotique, cuir, passementerie, métal doré ou argenté, laque, soie, émail etc. tout a été utilisé aux XIXe et XXe siècles pour magnifier les fragrances, comme le montre si bien l'auteur. Son livre est, à notre avis, un des ouvrages les plus beaux écrits sur le sujet. C’est aussi, à propos du parfum, une érudite entrée en matière, qui s’adresse autant aux collectionneurs et aux connaisseurs qu’aux amateurs ou aux curieux : histoire du parfum, travail des maîtres-verriers, histoire des parfumeurs et des couturiers-parfumeurs, et, surtout, recension de deux siècles de flacons, tous plus sublimes les uns que les autres. L’auteur, parfumeur lui-même, est devenu l’un des rares experts reconnus en la matière. Aussi, ajoute-t-il à chaque description de flacon (un millier environ !) une « estimation ». Certaines « bouteilles », parmi les plus rares, dépassent ainsi aisément les 10 000 euros. Mais rassurez-vous, cher lecteur ! Si vous envisagez (et vous le souhaiterez peut-être après la lecture de cet ouvrage) collectionner les parfums d’exception, nombre d’entre eux s’achètent à beaucoup moins ! Et, si par manque de place ou de moyens il vous est impossible de songer à une telle passion, vous pouvez toujours vous procurer la collection virtuelle et idéale proposée ici par Bernard Gangler, superbement mise en image par les photographies de Brice Agnelli.
Un indispensable en tout cas de toute bibliothèque dandy, tendance Huysmans / des Esseintes...
Parfums de collection, Bernard Gangler, éd. Chêne / EPA, 380 pages, abondamment illustré.
Photos : DR. Christian Dior, J'appartiens à Miss Dior, 1957. Roger & Gallet, Bouquet Nouveau, 1923. D'Orsay - Baccarat, Leurs âmes, 1912.
La chasse est une pratique ancestrale. C’est aussi un des thèmes majeurs de la peinture occidentale, et, parmi tous les sujets traités en ce domaine, le portrait de chasseur occupe une des premières places. Van Dyck, Velasquez, Goya, Gainsborough, Desportes, Vernet, Boldini (pour ne citer qu’eux) en sont les meilleurs représentants. Leurs oeuvres servent d’illustrations au très bel ouvrage de Claude d’Anthenaise, conservateur du Musée de la chasse et de la Nature à Paris : Portraits en costume de chasse.
C’est certes un paradoxe pour le chasseur que de vouloir se faire peindre, car il devient alors, sous l’œil du peintre, la cible et la proie du spectateur. Veut-il prolonger par le pinceau de l’artiste son art et sa passion ? Souhaite-t-il (se) remémorer les meilleurs instants d’une chasse ? Veut-il simplement rappeler son rang ? Car, depuis le Moyen Âge, la chasse est un sport aristocratique. Qui détient la terre détient aussi le droit de tuer les animaux qui s’y trouvent. La chasse est pour le seigneur un simulacre de bataille ; c’est l’apprentissage de la guerre qu’on y enseigne. C’est l’élite qui combat, non le paysan ou le bourgeois, c’est donc aussi l’élite qui chasse. Dès lors, le costume de chasse, l’attirail, l’armement, les chiens, les oiseaux de proie, les trophées figurés ont une signification. Le portrait en costume de chasse est un portrait physique, comme il est également une étude de caractère et un « marqueur » social.
Si la Révolution chamboule ces codes, le XIXe siècle tente de renouer avec l’Ancien Régime. Napoléon, puis les Bourbons, en relancent la pratique, développant surtout l’art de la vènerie, entendue comme chasse « noble » (la création du permis de chasse, en 1844, ouvre la chasse au tir au plus grand nombre). La mode et l’anglomanie viennent en renfort ; costume, bottes, chevaux : on adopte la mode britannique. N’y a-t-il pas jusqu’aux dandys pour s’intéresser à la pratique ? Claude d’Anthenaise nous apprend que sous la Restauration, c’est « le comble du fashionable » ! La chasse (à courre essentiellement) « est liée au milieu parisien qui la considère comme l’expression du luxe et de la mondanité. C’est pourquoi un dandy comme Eugène Sue possède un équipage pour courre le lièvre et le chevreuil. Les tenues de chasse s’affichent dans les endroits en vogue, chez Tortoni ou au Café Anglais, et le boulevard des Italiens résonne de sonneries de trompe au point que le préfet de police Delessert doit en interdire l’usage en 1837, sous prétexte que ‘le son de cet instrument trouble le repos des habitants’ ». Partout, « depuis les services de table en porcelaine jusqu’aux papiers peints, la chasse fashionable envahit les arts décoratifs. Ses tenues écarlates fleurissent dans le Journal des Dames ou dans Modes de Paris. »
Mais par-delà la mode, il faut aussi remarquer une convergence de caractère : la chasse, contrairement aux idées reçues, est d’abord une maîtrise de soi. Le chasseur, à l’instar du dandy, et contrairement à l’homme sauvage ou naturel, garde le parfait contrôle de ses passions.
Le XXe siècle perpétue la tradition et même la vivifie. En un siècle où la bourgeoisie a supplanté l’aristocratie, le costume de chasse vient aisément combler un vide. Aux gentilshommes en armure ou en dentelle des galeries de portraits d’autrefois viennent se substituer les portraits en habit galonné des tenues de vènerie. La dague remplace l’épée, le fouet, le bâton de maréchal…
Ainsi, jusque dans les années 1950, le portrait en costume de chasse contribue toujours à préciser les qualités morales de son modèle, son rang dans la société et son aptitude au commandement ou à la vie sociale, tous ces caractères subtilement semés par le peintre dans son œuvre et que Claude d’Anthenaise s’emploie magistralement à décoder pour nous.
Portraits en costume de chasse, Claude d'Anthenaise, éd. Musée de la Chasse et de la Nature / Nicolas Chaudun, 176 pages, abondamment illustré.
Photos : DR. Wallerand Vaillant (1636-1677), Portrait d'un garçon avec un faucon, © Metropolitan Museum of Art, NY. Jean-Baptiste Philibert Moitte (1757-1808), Le comte d'Artois en chasseur, © Musée de Picardie, Amiens. René Princeteau (1843-1914), Le comte Geoffroy de Ruillé chassant à courre, son fils à ses côtés, © Musée Toulouse-Lautrec, Albi.
Si l’on en croit les dictionnaires, la coquetterie caractériserait plus les femmes que les hommes... Pour la gente masculine le terme est même franchement péjoratif, sous-entendant l’effémination ou supposant l’homosexualité du sujet.
Pourtant, sous le coquet se cache le coq, l’animal fier, coloré et « machiste », et tous ses dérivés : cochet, cocard, cocardier… Pourquoi donc le sens le plus fréquent du mot coquet est-il devenu l’exact opposé de son étymologie ?
C’est de ce paradoxe que Jean-Claude Bologne a tiré sa foisonnante Histoire de la coquetterie masculine, de l’Antiquité à nos jours, où il apparaît clairement que par le passé, l’homme était sans aucun doute plus coquet que son épouse. Le mot date du XVe siècle, mais la pratique est plus ancienne. Si le vocable change avec les époques et les modes (les coquets sont tour à tour mignons, marjolets, muguets etc.), la coquetterie reste, socialement, un agent de différenciation des sexes et, individuellement, une attitude face à la vie et à soi-même. A ce propos, les dandys et leurs avatars élégants ne sont pas en reste. Ils constituent même l’essentiel du chapitre consacré au XIXe siècle. Il y a là une passionnante étude sur le dandysme à travers les prismes de la mode, de l’élégance ou de la négligence vestimentaire, de la discrétion ou de l’ostentation des tenues : origines, variantes, distinctions nationales ou chronologiques, implications et paradoxes.
Jean-Claude Bologne étend aussi sa réflexion à notre époque, en s’interrogeant sur le devenir de la mode, de l’élégance et de la coquetterie, sur leurs places, leurs rôles, leurs fonctions aujourd’hui. En reste-t-il quelque chose au XXIe siècle ? On peut en douter. La mode actuelle invite l’individu « à emprunter aux offres collectives de plus en plus standardisées de la société de consommation. Le choix n’est plus invention, mais combinaison d’éléments préexistants. » L’élégance, elle, se heurte à la world generation pour qui il n’existe plus « de limites, plus d’interdits (…). La beauté se fait le miroir du melting-pot des cultures du monde. L’individu est invité à oser ce dont il a envie, à prendre des risques. Tout est permis pourvu de ne pas passer inaperçu. » Quant à la coquetterie, « elle n’est pas généralisable à l’ensemble de la société, sans quoi elle perd son caractère provocateur, identitaire ou séducteur ». La coquetterie « ne peut être universelle, car elle est soluble dans la mondialisation. »
Le pire est donc devant nous…
Histoire de la coquetterie masculine, Jean-Claude Bologne, éd. Perrin, 456 pages, cahier central de photos.
Photos : DR.
A l’heure où on nous rebat les oreilles avec les livres électroniques (par pitié qu’on ne nous en offre pas, nous qui n’aimons que le contact du papier que l’on tourne), capables de contenir plus de 2000 ouvrages (la belle affaire, puisque nous lisons, sauf erreur, un livre à la fois), il reste des maisons d’éditions qui perpétuent pour le lecteur l’art de la mise en page, de la reliure (cahiers cousus), de la typographie, de l’illustration… Les éditions Finitude en sont, avec un catalogue maintenant bien étoffé, qui propose des ouvrages la plupart du temps inédits.
Nous en avons sélectionné deux aujourd’hui, en vous conseillant vivement par ailleurs d’aller flâner par vous-même sur leur page internet.
- L’art de choisir sa maîtresse et autres conseils indispensables, recueil qui rassemble 13 textes inédits de Benjamin Franklin. Journaliste, imprimeur, scientifique, inventeur du paratonnerre, père (avec d’autres) de la Constitution américaine, Franklin est aussi un remarquable essayiste et polémiste. C’est la plupart du temps par l’ironie ou l’impertinence qu’il aborde des sujets de société, pour mieux « faire passer » la leçon, ou qu’il transmet des notions arides, économiques ou scientifiques.
Parmi les textes que nous avons le plus aimés dans ce recueil, citons Sur les commérages, Quelques règles pour devenir un compagnon détestable ou bien encore In vino veritas (éloge du vin, seul texte rédigé directement en français par l’auteur, alors qu’il se trouve à Paris, en 1781).
L’ensemble des 13 textes constitue un très joli condensé de cet « esprit XVIIIe », vu depuis l’autre rive de l’Atlantique.
- La fausse Esther
Le dandy Pierre Louÿs rend hommage au dandy Balzac et à sa verve créatrice en publiant La fausse Esther en 1903. Ce texte court, à l’écriture nerveuse, tient autant de la nouvelle que du conte fantastique et du journal. C’est aussi l’un des plus beaux « faux » littéraires, que Louÿs invente à partir d’un mémoire autographe trouvé - nous dit-il - chez un bouquiniste.
Une jeune hollandaise, philosophe de son état, y déclare avoir découvert qu’elle est, sous la plume de Balzac, un personnage de roman. Et quel personnage ! Son homonyme, Esther Gobseck, n’est autre qu’une petite danseuse d’opéra, prostituée depuis l’enfance, qui croise la route des hommes pour survivre, dont celles de Maxime de Trailles et de Lucien de Rubempré ! Pour lever le malentendu elle part rencontrer Balzac. Mais le dénouement n’est pas celui qu’elle avait espéré…
Un petit bijou.
L'art de choisir sa maîtresse et autres conseils indispensables, Benjamin Frankiln, éd. Finitude, 111 pages.
La fausse Esther, Pierre Louÿs, éd. Finitude, 36 pages.
Photos : DR.
Enfin, mentionnons trois derniers ouvrages, que nous avons déjà évoqués dans nos colonnes :
- Daniel Salvatore Schiffer, Le dandysme, la création de soi, éd. François Bourin (voir notre note à parution, plus bas).
- Beauté, morale et volupté dans l’Angleterre d’Oscar Wilde, catalogue de l’exposition du musée d’Orsay, éd. Skira/Flammarion/Musée d’Orsay, 224 pages, très nombreuses illustrations.
- Jules Barbey d’Aurevilly, Du dandysme et de George Brummell, nouvelle édition préfacée par Marie-Christine Natta, éd. Mercure de France, coll. Le Temps retrouvé, 180 pages. Un classique indispensable.
- DVD
Le Guépard, le chef-d'oeuvre de Visconti, d'après le roman de Giuseppe Tomasi di Lampedusa, a été remasterisé et restauré dans cette version éditée récemment, après une présentation qui a fait grand bruit au Festival de Cannes. Claudia Cardinale, Alain Delon et Burt Lancaster : une distribution de rêve pour un film grandiose ! Si vous ne l'avez pas encore, achetez-le. Vous l'avez déjà ? Rachetez-le ! L'image est tellement différente de la version habituelle, rougie par le temps, que vous redécouvrirez le film même si vous le connaissez par coeur. Et en Blu-Ray, la qualité de la restauration est encore meilleure !
- CD
C'est bientôt Noël comme nous le rappelions d'entrée. Aussi, nous vous conseillons ce mois-ci le nouvel album de Michael Bublé : Christmas. Les grands standards américains (et d'autres), version big band, sont revus (en bien) par le crooner canadien. A noter, des invités qui ont une voix (ça change) pour de jolis duos : The Puppini Sisters, Shy'm et Thalia. Une belle sonorité swing qui réchauffe en plein hiver !





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