3. La carte de visite
L'usage s'est perdu de (faire) déposer sa carte chez la personne que l'on visite. Sans doute parce que l'usage même de faire une visite s'est perdu lui aussi... Mais autrefois, lorsque le maître ou la maîtresse de maison recevaient à heure et à jour fixes, le visiteur, inattendu en dehors de ces horaires précis, devait déposer sa carte et ainsi s'annoncer. Si par hasard la personne que le visiteur souhaitait saluer était absente ou indisponible, il laissait alors sa carte en la cornant, signifiant ainsi qu'il était venu en personne et que la "visite" avait été faite. Cette carte cornée laissée à son destinataire créait pour ce dernier une nouvelle obligation, celle de "rendre visite", c'est à dire se déplacer à son tour, pour une visite réelle ou pour le dépôt d'une carte cornée dans les mêmes conditions.
Aujourd'hui on a oublié le sens de cette belle expression : "rendre" visite. Par "rendre" on entend par-là retourner une politesse qu'on nous a faite : un mot aimable reçu, une invitation à laquelle on s'est rendu, une attention dont on a été l'objet...
Il n'y a pas si longtemps, cet usage était connu et courant. Aussi, en diverses occasions, "comme elles [devaient] remplacer une visite, on les [faisait] mettre, toutes cornées, chez le concierge de la maison.
Il y a des endroits où il est d'usage de ne mettre qu'une seule carte pour toute une famille, en cornant deux, trois et même quatre fois la carte si cette famille se compose de deux, trois ou quatre membres.
Dans d'autres cas, on met autant de cartes qu'il y a de personnes dans la famille.
Mais à Paris, on vient d'adopter l'usage anglais, qui consiste à plier la carte par moitié, ce qui veut dire qu'elle est pour tous les membres de la famille.
[...] Quand les cartes sont destinées à reconnaître une politesse, il faut les porter soi-même ou les envoyer par un domestique ; dans ce dernier cas, elles ne doivent pas être cornées.
Si au contraire les cartes doivent remplacer une visite, elles doivent être cornées comme il a été dit plus haut." (Code du cérémonial publié sous le Second Empire)
C'est dit ! Rendez-vous donc dès lundi chez votre imprimeur préféré pour faire graver au plus tôt un stock respectable.


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