Le magazine Monsieur (n° 72, septembre-octobre 2008) fait sa couverture sur notre sujet de prédilection et intitule son dossier principal "Le dandy est mort, Vive le dandy !"
Nous nous sommes bien évidemment précipité au premier kiosque à journaux et avons décortiqué aussitôt ce "dossier". Autant dire de suite qu'à sa lecture, rapide puisque finalement sur quelques pages seulement, notre sentiment est mitigé.
D'abord l'éditorial contredit presque le titre du magazine : nous espérions - à l'invite du titre de couverture - un hourra ! sur la "renaissance" des dandys aujourd'hui. Bien sûr, nous sommes conscients que les "dandys" de notre temps ne le sont pas tous en réalité, que l'on confond la plupart du temps élégance et dandysme, et que l'estampille "dandy" est donnée bien souvent à tort et à travers, pour peu que l'on ait une quelconque originalité, dans sa tenue ou dans son mode de vie. Mais dire que les dandys sont morts - et consacrer du même coup un dossier sur le sujet - est un non-sens. Car nous sommes là, bien vivants, et bien dandys, et pas seulement dans nos vêtements. Nous sommes, vous lecteurs, comme nous, rédacteurs de ce blog, à l'image (je n'ose dire à l'égal) de nos maîtres : décalés, révoltés, créatifs, sublimes, racés, absolus, hautains, différents et uniques...
Peut-être, si l'on part du principe, comme Barbey d'Aurevilly, qu'il n'y eut finalement qu'un dandy, Brummell lui-même, alors, deux siècles après le règne du Prince des Dandys, faudrait-il nous donner (se donner ?) un nouveau nom, tout comme les fashionables ont succédé aux dandys et les lions aux fashionables ?
Quoi qu'il en soit, les dandys ne sont pas morts... et ne mourront pas. Car le dandysme resurgit régulièrement, au gré de l'histoire du monde, aux "époques transitoires" comme dit Baudelaire, aux périodes troubles pendant lesquelles le "dandysme est le dernier éclat d'héroïsme dans les décadences." Sans aller jusqu'à parler de décadence, notre époque n'est-elle pas justement une période trouble ? Et par contrecoup, le dandysme, dans une forme qui se rapproche vraiment de sa nature originelle, n'est-il pas en train de renaître tout bonnement ? L'éditorialiste de Monsieur n'est d'ailleurs lui-même pas tout à fait convaincu de son jugement et conclut en nuance, non sur la mort des dandys, mais sur celle des "grands" dandys...
Plus de "grands" dandys donc... Jusqu'à la "révélation" du prochain ?
D'autre part, nous avons relevé quelques erreurs dans le "dossier", largement tiré de l'ouvrage de Valérie d'Alkémade. D'abord, à la note Angleterre, la mention de Barbey d'Aurevilly et du comte d'Orsay comme les premiers grands dandys français. Outre que, chronologiquement, il y eut avant eux d'autres dandys en France, il faut se rappeler que Barbey justement ne tenait pas d'Orsay pour un dandy à part entière... A la note Brummell, une "coquille" transforme George IV en George VI. Au paragraphe Habit, on lit que les dandys "doivent leur maintien droit et altier à un élément traditionnellement réservé aux femmes et aux militaires : le corset" ; c'est là une généralisation de l'auteur et non une généralité pour tous les dandys. La note littérature, enfin, prolonge jusqu'à nos jours la liste des "auteurs dandys", en y incluant Pascal Sevran, "voire même peut-être" (sic) Bernard-Henri Levy (!), qui, à notre avis, sans préjuger de leurs talents respectifs, n'ont rien à faire là.
Allez, pour finir sur une note positive, disons que le magazine Monsieur est de toutes façons toujours très agréable à feuilleter. Ce numéro dit "spécial dandys" n'échappe pas à la règle. Il a, de plus, l'avantage de faire la part belle aux annonceurs dont l'univers se rapproche le plus du nôtre. Remarquons d'ailleurs (et jetons-nous quelques fleurs par-là même) que la plupart des marques citées par Monsieur l'ont été précédemment par Les Nouveaux Dandys.
Enfin, pour rebondir là-dessus, vous trouverez dans la suite de cette note, ci-dessous, l'intégralité de l'interview accordée à Katia Pecnik pour le magazine Elle. On verra que, outre l'extrait cité dans l'article, plusieurs éléments de notre entretien y ont été repris. Par ailleurs, on verra que nous nous sommes, pour notre part, cantonnés à la partie que nous connaissons et défendons, le dandysme "façon Brummell". Le magazine Elle a étendu son dossier aux Années Folles - ce qui a surpris quelques-uns d'entre vous - mais pourquoi pas après tout, si cela ne se limite pas simplement, comme parfois, à poser avec des tenues originales ?
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