Il est rare dans nos colonnes que l'actualité interfère avec le choix de nos notes. Mais la récente diffusion sur internet d'une insupportable vidéo montrant un jeune homme violemment attaqué dans un bus parisien nous amène à évoquer ici, tant pour l'anecdote historique que pour parer à ce genre de situation, un sport tombé - jusqu'à aujourd'hui - en désuétude : la canne de défense.
La canne, outil aux usages multiples, symbole de pouvoir et, très vite, accessoire indispensable de la mode masculine est aussi, aux époques troubles, une arme redoutable. En France, tout commence avec les Incroyables du Directoire qui agitent leur canne, alors solide bâton noueux, sous le nez des passants, et n'hésitent pas à s'en servir, en défense comme en attaque, pour mieux faire prévaloir leur opinion...
Dans le même esprit, la canne est, après 1815, la compagne privilégiée des anciens officiers de la Grande Armée napoléonienne, alors que, parallèlement, l'usage de l'épée renaît chez nombres d'aristocrates de la Restauration. A partir de 1830, le port de la canne se généralise comme accessoire de mode, mais l'utilisation défensive ne disparaît pas pour autant, bien au contraire.
L'usage de la canne, comme sport et art martial à la française connaît son âge d'or entre 1830 et 1920. Elle est d'abord une discipline enseignée dans l'armée, comme exercice de gymnastique et comme préparation à l'utilisation du sabre, notamment dans les rangs des différents régiments de cavalerie. La technique se perfectionne tout au long du siècle : après le Second Empire la canne (généralement maniée à une main) et le bâton (à deux) voient leurs enseignements codifiés. Les techniques de maniement préparent alors à l'escrime et à la manipulation du fusil à baïonnette.
Dérivant de l'usage militaire, la canne est utilisée aussi par les civils et son enseignement, issu des techniques martiales, donne lieu à des compétitions organisées dans plusieurs salles et cercles en France. On sait par exemple que Dumas (père) ou Eugène Sue fréquentaient les cours célèbres de Louis Leboucher ou de Joseph Charlemont.
Le nombre d'attaques dans les rues sombres des grandes villes, au sortir des théâtres ou des dîners, augmentant considérablement au tournant du siècle - l'actualité rejoint là l'histoire - la canne devient alors une technique de self-defense à part entière, au même titre que la savate ou la boxe (d'importation anglaise). Finalement, des méthodes à l'efficacité avérée sont créées, dont celle de Pierre Vigny, qui, dit-on, pour tester grandeur nature sa technique n'hésite pas à se rendre nuitamment dans les pires quartiers de Paris, de Marseille ou de Naples... Il ouvre plusieurs académies, en Angleterre notamment, où l'aristocratie se presse pour bénéficier de son enseignement.
Selon lui, "une main armée d'une canne [permet à] celui qui a appris à s'en servir [de] tenir tête à plusieurs adversaires... car la canne, tout en protégeant toutes les parties du corps... acquiert une énorme force en raison de ses rapides mouvements de délivrance des coups..."
Ces méthodes sont encore enseignées aujourd'hui.
A bon entendeur...
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Pour terminer, quelques informations pratiques :
la canne (y compris la simple canne de marche, ou, à défaut, le parapluie) peut servir à chacun à assurer sa propre défense. La canne est en effet exclue de toute classification d'armes (à l'exception bien sûr des cannes-épées, dont le port est interdit).
Les techniques enseignées permettent à tous une utilisation optimale, quels que soient l'âge ou la force physique.
Des cours existent : contacter pour cela l'Association sportive de canne d'arme à Paris, ainsi que des manuels, dont La canne de défense, par Aimé Prouzet, à qui nous avons emprunté les différents éléments historiques de notre note.
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